Nous sommes dimanche. La maison est calme. Le café est fait — la deuxième cafetière, car la première a disparu pendant les folios, et les folios prennent toujours plus de temps qu'on ne croit. L'ordinateur est ouvert. La pile attend : dix, peut-être quinze volumes, acquis ces deux dernières semaines et posés dans l'ordre de leur arrivée, c'est-à-dire sans ordre.
Vous prenez le premier. Un octavo français, 1837, couvertures imprimées d'éditeur, non rogné. Vous l'ouvrez à la page de titre.
Auteur. Titre. Lieu. Éditeur. Date. Format. Pagination. Reliure. État. Provenance. Source d'achat. Date. Prix.
Quatre minutes. Objectivement, une tâche triviale : saisie de données, travail que des employés supportent pour un salaire et qu'aucune personne raisonnable ne ferait volontairement un dimanche. Et pourtant vous êtes là, et moi aussi, et si vous lisez ceci il y a de bonnes chances que vous sachiez exactement ce que cela fait, sans être tout à fait prêt à l'expliquer.
Le rituel
Le catalogage a un rythme particulier. Ce n'est pas excitant. Ce n'est pas exactement méditatif, même si cela en possède certaines qualités : attention resserrée, absorption, temps élastique. Cela ressemble plutôt au travail d'un horloger : petits gestes précis sur une tâche définie, satisfaction de voir un mécanisme se composer pièce par pièce.
Le rituel a ses étapes.
D'abord, l'examen physique. Vous tenez le livre. Vous sentez le papier : chiffon ou pâte de bois, lisse ou texturé, épais ou mince. Vous vérifiez la reliure : ferme, fatiguée, dos refait ? Jaquette présente ? Gardes, faux-titre, errata ? Vous comptez les planches s'il y en a. Vous notez les rousseurs. Vous ne saisissez pas encore. Vous regardez.
Ensuite, la page de titre. La source de vérité. Vous transcrivez ce que vous voyez, non ce que vous pensez que le livre devrait dire, non ce qu'un catalogue en ligne prétend. Le s long qui ressemble à un f, les ligatures, l'adresse au pied avec son chez, sa rue, son privilège. Si vous ne lisez pas la langue, vous transcrivez et identifierez plus tard. La page de titre se moque de votre compréhension.
Puis l'entrée. Auteur, nom d'abord. Titre transcrit. Lieu, éditeur, date. Format, pagination : préliminaires en chiffres romains, texte en arabes, planches à part, publicités notées ou non selon votre politique. Je les note ; les publicités sont des preuves bibliographiques, et les ignorer est un péché mineur.
Viennent les champs subjectifs. État : bref, honnête, dans la langue du commerce. Reliure : nature, état, originalité. Provenance : marques, tampons, ex-libris, inscriptions. Et les notes, ce champ que personne d'autre ne lit mais qui vous importe : variante de page de titre, frontispice en second état, marge annotée d'une main illisible, ou simplement achat au Vieux Marché de Bruxelles un samedi d'octobre, le libraire ayant ajouté une brochure gratuite.
Enfin la photographie : plat avant, dos, page de titre, détails importants. Puis le rayon. Le livre prend sa place dans le système actuellement en vigueur, qui peut être sujet, langue, format, chronologie ou cette logique que vous ne savez pas décrire mais qui fonctionne quand vous êtes devant les rayons.
Pourquoi nous le faisons
La réponse honnête : je ne sais pas entièrement.
Les justifications pratiques sont vraies. Une collection cataloguée est consultable, assurable, gérable. Ce sont les raisons que l'on donne. Elles n'expliquent pas le plaisir.
Il y a la satisfaction d'un ordre imposé au chaos. Quinze livres sans lien sur un bureau deviennent quinze notices, chacune identifiée, décrite, assignée. L'entropie de l'acquisition est remplacée par le calme structuré d'une entrée. Le livre est traité. Il passe de la pile des choses-à-faire à la bibliothèque des choses-connues. Cela fait disproportionnellement du bien.
Il y a l'excuse de manipuler lentement. Acheter est excitant. Lire engage. Examiner — retourner, collationner, lire les inscriptions, observer la reliure — demande une attention tactile différente. Le catalogue fournit l'excuse structurée. Sans lui, vous rangeriez en deux minutes ; avec lui, vous passez cinq minutes et remarquez ce que vous auriez manqué.
Il y a enfin l'enregistrement cumulatif. Un catalogue entretenu devient le journal factuel d'une vie de collectionneur : salon d'Anvers en mars 2014, lot Drouot en mai 2018, catalogue d'un libraire gantois arrivé lundi et trois commandes mercredi. Les livres sont les noms. Le catalogue est la phrase.
Le dimanche après-midi
Le catalogage du dimanche a une qualité que celui de semaine n'a pas. Il n'est pas pressé. Pas de délai, pas d'obligation, pas de tâche derrière. L'après-midi s'étire. La pile diminue. Le café refroidit, se réchauffe, refroidit encore.
Parfois un livre prend plus de temps : édition du XVIe à collationner, titre absent des références, reliure possiblement attribuable. Ce sont les détours, et ils sont le meilleur. Vous sortez Brunet, VD17 ou le Manuel de l'amateur de reliures. Parfois la réponse vient. Parfois non, et vous notez : « Atelier non identifié — comparer Goldschmidt, pl. XLVII ? » La note est une graine. Elle germera ou restera là, petit monument à la curiosité d'un dimanche.
Parfois un livre surprend : exemplaire à 20 € de brocante qui se révèle variante non décrite ; volume hérité que vous croyiez réimpression banale et qui est une édition originale en couvertures. Ces moments, rares et disproportionnellement excitants, sont les trésors enterrés du catalogage. Ils n'arrivent qu'à ceux qui regardent, donc à ceux qui cataloguent.
La confession
Le titre promet une confession : j'aime cataloguer plus que je ne suis à l'aise de l'admettre.
J'aime la précision. J'aime la discipline répétable de regarder un livre et de décrire ce que je vois. J'aime la manière dont une bonne notice capture l'identité essentielle d'un objet physique en quelques champs structurés. J'aime les dimanches lents, les piles qui baissent, les rayons qui se remplissent, la base qui grandit.
Je l'aime comme d'autres aiment jardiner, monter des maquettes ou pratiquer toute activité calme et structurée qui produit un résultat visible par attention soutenue. Ce n'est pas glamour. Cela ne le sera jamais. C'est le pendant sans glamour de l'achat, et sans lui l'achat n'est qu'accumulation.
Si vous avez lu jusqu'ici, vous savez probablement de quoi je parle. Vous l'avez peut-être fait vous-même, un après-midi calme, avec une pile de livres et un tableur, une base, des fiches ou un registre bien réglé. Les outils varient ; l'impulsion est la même.
Et si vos livres attendent encore, non catalogués, alors prenez ceci comme invitation. Choisissez un dimanche. Faites du café. Commencez par le rayon le plus proche. Un livre à la fois.
Vous découvrirez peut-être que la partie la plus silencieuse de la collection est aussi la plus satisfaisante.
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Ceci est le dernier article de cette série. Si vous avez lu les vingt-deux précédents, vous en savez maintenant plus sur les livres que la plupart des gens qui en possèdent — et exactement assez pour devenir dangereux dans un salon du livre. Usez-en avec sagesse.